Intervention de Michel Godicheau, délégué de l’Association Internationale de la Libre Pensée aux obsèques de Philippe de Menten, éminent libre penseur, militant ouvrier et républicain en Belgique.

Je voudrais rendre hommage à notre camarade Philippe au nom de l’Association Internationale de la Libre Pensée. Si la Belgique est un pays historique de la Libre Pensée qui y a tenu d’importants congrès internationaux, le logo en avait presque disparu quand j’ai rencontré Philippe, il y a un peu plus de dix ans.

Nous étions tous deux syndicalistes des services publics, moi en France, lui en Belgique, et nous considérions l’un et l’autre que la question de la Libre Pensée avait un rapport avec notre combat syndical et n’était pas affaire de spécialistes. Et aussi nous pensions que Libre Pensée ce n’était pas un autre nom pour la laïcité. La laïcité est affaire d’institutions et la Libre Pensée affaire de méthode.

Philippe était déjà malade, mais il avait un projet : doter les libres penseurs belges d’un point d’appui organisé. J’avais moi-même fait l’expérience à Luxembourg, lors d’un congrès international, de la difficulté qu’avaient les libres penseurs belges de concevoir même une voie autonome. Et ceci malgré un riche passé, des institutions solides comme l’ULB, des conquêtes comme le Droit de Mourir dans la dignité et des dynamismes locaux incontestables.

Nous ne nous connaissions pas, nous avions chacun vis-à-vis de l’autre une réserve de vieux militants, mais rapidement la chaleur humaine alliée à la fermeté des convictions l’a emporté et le courage de cet homme là m’a scotché. Au gré des aléas de sa santé et de mes voyages en Belgique, je l’ai retrouvé, il m’a hébergé et nous avons cheminé avec cet objectif. La voie de l’indépendance est toujours une voie difficile, nous avons avancé, reculé, ajusté nos positions. Après Oslo où s’est tenu en 2011 le congrès fondateur de l’AILP, il était évident pour nous tous que dans certains pays, dont la Belgique, il fallait garder des liens avec tout le monde et éviter toute attitude proclamatoire. Pourtant il fallait aussi affirmer un pôle indépendant et Philippe a trouvé, malgré la cruauté de sa situation de santé, suffisamment de ressources pour regrouper. Et ce fut le CLP-KVD.

Les amis et la famille de Philippe peuvent être fiers d’avoir côtoyé un libre penseur internationaliste et un militant chaleureux, un constructeur opiniâtre.

Je voudrais terminer par quelques vers du grand poète et révolutionnaire Vladimir Maïakovski :

Le poème s’intitule « Maiakovski au Ciel »:

Stop !

Je dépose sur un nuage
la charge
de mes affaires
et de mon corps fatigué.
Endroit propice où je n’étais jamais venu avant.

J’examine les lieux.
ainsi
ce poli bien léché,
c’est donc cela le ciel que l’on nous vante.

Nous verrons, nous verrons !

« Finalement on demande au poète d’être utile, de se trouver une place »

Maiakovski propose :

«  je m’étends

tout du long

sur un nuage

et je contemplerai toutes choses »

« Non, disent-ils, ça ne nous convient pas ! »

Et Maiakovski conclut :

« Nous

qui sommes dans les cadres du temps,

nous ne divisons pas l’amour en jours,

nous ne changeons pas les noms aimés.

Paix.

Je repose

Au creux des rayons de lune,

mortifiant mon émoi avec les rêves.

Comme sur une plage du Sud,

seulement un peu plus engourdi,

et sur moi,

me couvrant de caresses,

roulent les mers de l’éternité »

Salut camarade, salut Philippe !

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